Né en 1907 Germaine se forme en 1930 auprès de Marcel Mauss qui enseignait au sein de ce qui deviendra le Musée de l'Homme. Elle se passionne pour l'ethnologie et en 1934, à 27 ans, elle part en mission scientifique dans l'Aurès en Algérie. Pendant 6 ans de manière presque ininterrompue, elle vit seule au milieu d'une population montagnarde qui l'avait acceptée. Vivant sans radio, sans journaux, à treize heures de cheval de l'Européen le plus proche, elle observe chaque détail de la vie quotidienne, compte les sacs de grain qui rentrent, l'argent qui sort. Elle regarde par terre, telle source qui ne coule plus et pourquoi tel champ ne rapporte plus, et pourquoi ceux qui avaient un mulet n'ont maintenant plus qu'un âne…
Elle quitte l'Aurès le 30 mai 1940, sans rien savoir des désastres en cours. Elle arrive à Paris la veille de l'entrée de l'armée allemande. Le discours de Pétain demandant l'armistice l'a fait réagir violemment. Dès le lendemain elle reprend contact avec ses camarades du Musée de l'Homme et commence à organiser des filières d'évasion des prisonniers. Boris Vildé fait partie des premiers évadés et prend la tête du réseau de résistance qu'on appellera après la guerre le réseau du Musée de l'Homme.
Germaine Tillion est arrêtée en août 1942 et est enfermé pendant un an à la Santé, puis à Fresnes, avant d'être internée au camp de Ravensbrück. Elle comprend immédiatement la finalité du système concentrationnaire et est soutenue par la volonté de survivre pour témoigner de ces crimes. Jour après jour elle recueille des témoignages et des informations pour reconstituer tout le système des camps au point de tenir des véritables cours à ses codétenues, leur expliquant combien les nazis dépensent pour les nourrir, combien les détenus rapportent.
Libérée en mai 1945, elle sera désignée par ses camarades pour rassembler les témoignages et les représenter lors des procès des chefs de camps en 1947. Elle rejoint le CNRS après la guerre. En novembre 1954, lors du soulèvement en Algérie; Louis Massignon, son directeur de thèse, obtient pour elle une mission du ministère Mendes France pour vérifier qu'il n'y avait aucune exaction contre la population civile.
A la fin de sa mission, elle rencontre le gouverneur de l'Algérie, Jacques Soustelle et lui fait part de ses constats en terme de paupérisation accélérée des populations rurales. Avec son accord, elle met en route les centres sociaux pour assurer l'éducation de base de la population.
En 1957, quand la situation politique et militaire se durcit, elle revient à Alger dans le cadre d'une commission d'enquête sur la torture. A la fin de sa mission, elle est contactée par des responsables du FLN d'Alger. Elle reçoit la promesse d'un arrêt des attentats contre la population européenne et tente d'obtenir en contrepartie l'arrêt des exécutions de condamnation à mort. Son objectif est de faire baisser les tensions et de permettre l'amorce d'un dialogue politique. Elle reçoit l'appui de plusieurs membres du gouvernement mais n'obtient pas gain de cause.
Après l'arrestation de ses interlocuteurs algériens, elle multiplie les démarches pour obtenir qu'ils soient remis à la justice civile et détenus dans la métropole. Elle plaide pour leur grâce après leur condamnation à mort.
Germaine Tillion ne revient plus jamais en Algérie après 1957. Elle continue sa carrière d'ethnologue et se consacre en particulier au statut des femmes autour du bassin méditerranéen, convaincue que les chances de développement de la prospérité et de la démocratie passent par l'éducation des femmes.
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